13avril, à Montreuil, le député Razzy HAMMADI avait organisé une réunion publique sur le thème de
"la place de l'enfant porteur de handicap dans les villes et à l'école".
Vincent et Emma, une petite fille sourde aussi, ont remis à la ministre de la réussite éducative, George Pau
LANGEVIN, le dossier commun préparé par les 5 associations nationales sur la scolarisation des enfants sourds signeurs
Grâce aux interprètes, Emma a pu s'exprimer et demander à la ministre des classes en LSF avec des enseignants sourds. Grand moment d'émotion !
Cette réunion publique était très importante, les échanges étaient très riches !
Philippe van den Herreweghe, délégué interministériel à l'emploi et à l'intégration des personnes handicapées était également présent tout l’après midi !
Maintenant, nous, les parents d’enfants sourds, nous attendons des résultats concrets de la part du gouvernement
Moi je suis intervenu sur l'accueil en cnetre de loisirs :
Un enfant passe beaucoup de temps à l’école mais aussi un nombre de jours conséquents hors de l’école.
Face aux 140 jours passés sur les bancs de l’école, les enfants de France passent aujourd’hui plus de 200 jours hors de
l’école et peuvent passer 112 jours au centre de loisirs.
Beaucoup d’enfants ont pendant ce temps extrascolaire, un emploi du temps de ministre, centre de loisirs, activités
diverses et variées.
Tout ce qu’il faut pour les éveiller au monde et les aider à grandir.
Tout autant que l’école, cela les prépare à tenir leur place dans la société de demain à devenir citoyens de se pays, à
construire l’adulte qu’ils seront.
Les centres de loisirs, les colonies, les activités extrascolaires permettent à tous de profiter de temps de découvertes,
d’espace où développer sa curiosité, d’apprentissage des règles sociales et du vivre ensemble.
Tous, non, nos enfants restent trop souvent à la porte de l’extrascolaire !
La loi n’oblige d’ailleurs personne à les y accueillir !
Pourtant, selon la Loi d’orientation du 30 Juin 1975
« L’intégration et l’accès aux loisirs des mineurs et de l’adulte handicapés physiques, sensoriels ou mentaux constituent
une obligation nationale».
Mais presque 40 ans après, cet accueille repose encore presque uniquement sur les bonnes volontés d’individus.
En France, on relève surtout des initiatives éparses et locales, souvent initiées par des associations et plus ou moins
soutenues par des collectivités !
Je suis maman d’un petit garçon sourd de 6 ans, sa langue c’est la langue des signes, il a la grande chance d’aller dans
l’une des 9 écoles en France où l’enseignement est donné entièrement en langue des signes.
Mon projet, c’est de lui permettre de prendre sa place dans cette société, d’être citoyen, comme tous les autres enfants de
ce pays, son école est en Seine et Marne mais il est né et vit à Montreuil, je souhaite qu’il y soit pleinement citoyen.
Mais ce n’est pas si simple !
Sur le papier, « intégrer un enfant à besoin éducatif particulier » c’est magnifique, emprunt de belles et bonnes
intentions, mais concrètement est-ce si facile ?
Je ne vais pas parler des lieux où on signifie d’entrée aux parents que leurs enfants « ces enfants là » ne sont
pas les bienvenues.
Ces villes et ces villages sont très nombreux en France, les familles doivent se battre sur tous les fronts jusqu’à
l’épuisement ou le déménagement !
Ces collectivités locales évoquent des problèmes d’assurance, ou leur manque de compétence, bref, les portes sont
closes.
Non, j’ai choisi volontairement de parler des villes qui acceptent d’accueillir nos enfants.
Déjà parce qu’à Montreuil personne ne m’a jamais dit que Vincent n’était pas souhaité en centre de loisirs et surtout parce
que la volonté et la réalité sont deux mondes !
Car le tout n’est pas d’avoir la volonté de le faire, la réalité vient parfois démolir les belles énergies !
L’objectif d’intégrer un centre de loisirs pour un enfant différent est que cet accueil soit une expérience réussie pour
tous, l’enfant, sa famille, les animateurs et les autres enfants.
Le but est d’apprendre à se connaître à s’accepter et à se respecter, de prendre conscience de la différence de manière
positive.
Prendre du plaisir aussi, apprendre autrement, jouer et grandir, tous ensemble !
Quels problèmes concrets se posent alors :
-
La mise en accessibilité du
centre, tous les centres ne peuvent pas l’être, quelles solutions trouver alors ? Un ou plusieurs centres ressources ?
Compliqué !
A Paris c’est le cas, mais est-ce la bonne solution ? Je n’en suis pas certaine. Peut être qu’il n’y a pas une
solution mais plutôt un travail de réflexion en commun pour aboutir à différentes solutions.
Pour nos enfants sourds signeurs, l’idéal est qu’ils soient ensemble selon leur tranche d’âge, cela leur donne la
possibilité d’avoir au moins un interlocuteur parmi leurs pairs et donc moins de solitude.
-
La mise en place d’un projet
pédagogique spécifique.
Nos enfants ne sont pas des plantes vertes que l’on pose là, les centres de loisirs ne sont pas des consignes de gare où
les parents abandonnent leurs enfants. Pour que leur accueil soit réussi il faut réellement que l’équipe éducative qui les reçoit soit motivée et inscrive cet accueil dans son projet.
Car le vivre ensemble cela s’apprend, pour tous les enfants et tous les adultes.
Il ne suffit pas de mettre les enfants ensemble pour que naisse les liens et le respect, les actions des adultes comptent
beaucoup, leurs attitudes, leurs paroles, les jeux qui sont organisés.
La situation des enfants sourds est caractéristique.
Ce qui coince, c’est la communication, donc le lien est encore plus compliqué à créer et surtout à conserver. Un groupe
d’enfant oublie très vite l’enfant sourd qui comprend peu, mal ou pas du tout les échanges verbaux autour de lui. Or, dès la moyenne section de maternelle, les jeux des enfants comprennent
énormément d’échanges vocaux.
Un enfant sourd se sentira alors isolé, pourra même mal comprendre les rires de ses camarades,
« Se moquent-ils de lui ? »
La vigilance des adultes doit être renforcée, les échanges pensés différemment, chacun doit faire un pas vers l’autre. Un
projet construit permet de s’appuyer sur une trame.
-
La formation des
animateurs.
Une expression bien connue dit « l’enfer est pavé de bonnes intentions ».
La formation ordinaire d’animateurs ne prépare pas à ces situations.
Le parcours de chacun fait aussi qu’il est plus ou moins facile d’accueillir nos enfants si extra ordinaires !
Une formation spécifique est indispensable, peut être pas approfondie mais au moins une sensibilisation de la totalité de
l’équipe éducative !
Pour moi, le but n’est pas qu’un animateur soit le seul responsable de l’enfant mais que l’enfant prenne toute sa place
dans le centre, comme tous les autres enfants !
Pour nos enfants sourds signeurs, il faut absolument un adulte qui signe très bien où, l’idéal, un animateur sourd
maîtrisant la LSF fasse partie de l’équipe éducative.
Nos enfants peuvent ainsi avoir un solide repère et peuvent ainsi aller vers les autres enfants et les autres adultes, en
toute sérénité et toute sécurité.
-
La place des
pare nts
et des professionnels qui suivent l’enfant dans la préparation de l’accueil. Laisser une place aux parents n’est pas si facile, les animateurs, les directeurs sont compétents,
formés et diplômé, pour les enfants « ordinaires ». Il leur est difficile d’accepter que parfois, même avec beaucoup de gentillesse, ils ne savent pas faire avec nos
enfants !
Pourtant il est primordial qu'il y ait un travail de collaboration et de lien entre les parents et les équipes d'animation,
cela aide à l'intégration de l'enfant, les animateurs peuvent y apprendre des comportements de bases à adopter avec les enfants. Qui connaît mieux nos enfants que nous, les parents ?
Alors, s’il vous plait, faites nous confiance, nous avons tous à y gagner !
Donc nos enfants ont le droit de participer aux activités extrascolaires, et comme tous les autres enfants ils ont envie
d’y participer.
Les centres de loisirs son
t des lieux privilégiés, à la fois plaisir et apprentissage mais sous une forme plus souple qu’à l’
école.
L’accueil de nos enfants a un coût, celui de la mise en accessibilité, celui de la formation et de la sensibilisation des
animateurs, mais le gain humain est énorme !
Nous avons expérimenté pendant un mois la présence d’un animateur sourd diplômé dans le centre de loisirs de mon fils, cela
a été une vrai réussite, tout d’un coup les enfants ont compris ce qu’était une personne sourde, cela a créé un vrai lien entre les enfants, alors messieurs les décideurs n’hésitez plus à
embaucher des animateurs sourds dans vos centre de loisirs, c’est un énorme gain pour tous !
Cela demande un effort, mais à accueillir dans de bonnes conditions, chacun y apprend beaucoup et peu à peu construit une
société future plus ouverte et réellement inclusive.