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24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 10:29

Ce 3 novembre un arrêté est paru, désormais tous les bébés seront testés à la maternité pour savoir s’ils ont une « bonne audition ».

Ils auront 2 jours ces bébés au moment de ce test, leurs parents dans l’émotion de leur arrivée comment réagiront-ils à un test positif, signalant une suspicion de surdité, alors que deux mois après on leur dira que leur bébé entend ?

Sur 1000 naissances, 10 familles seront concernées, au final, une seule deviendra une famille d’enfant sourd.

L’état pense très urgent de dépister la surdité mais ensuite il se désengage dans la scolarité de ces mêmes enfants sourds, pourquoi ?

Un enfant sourd n’est pas malade, il est juste sourd. Il peut tout apprendre et tout faire, si on lui donne une langue pour apprendre et pour comprendre.

Mais aujourd’hui, dans notre pays, la scolarité des enfants sourds n’est toujours pas totalement dans le giron du ministère de l’éducation nationale.

Nous en sommes toujours à leur expliquer pourquoi nos enfants ont besoin de recevoir l’enseignement dans une langue qu’ils comprennent, ici , en France, au XXIè siècle.

Certains inspecteurs ne comprennent pas pourquoi nous sommes outrés qu’on nous annonce une classe dite « bilingue » alors que les enseignants de la classe ont 60h d’apprentissage de cette langue qui, comme toutes les autres langues, nécessite plus de 700h d’apprentissage pour être maîtrisée.

D’autres, quand on leur demande où scolariser un enfant sourd signant, vous propose un rendez-vous avec un psychologue !

Alors si un repérage massif de la surdité est acté, peut être avant aurait il fallu préparer l’accueil des familles et le devenir des enfants !

Dépister pourquoi faire ? Pour expliquer aux parents que le choix de langue qu’ils vont faire pour leur enfant sera valable partout SAUF à l’école de la République ?

Aujourd’hui seulement 14 classes en France permettent aux enfants sourds signeurs de suivre une scolarité en LSF de la maternelle au CM2, 4 collèges et 3 lycées.

La France est un désert scolaire pour nos enfants, un désert plein d’instituts spécialisés où on leur sert une bouillie de langages mais aucune langue. Ils n’ont droit qu’au minimum et on nous demande, à nous les parents, d’être heureux qu’ils puissent déjà entrer dans un lieu appelé « classe ».

L’intelligence de nos enfants est tout à fait normale, leurs compétences sont identiques à celles des enfants entendants, mais les « spécialistes », ceux qui les scolarisent majoritairement, ne leur proposent que des activités basiques, d’un niveau faible, créant des retard d’apprentissage énorme.

Entendez-vous ?

Ceux qui sont censés apprendre à nos enfants les maintiennent dans un état d’ignorance volontaire, au prétexte « charitable » que ces pauvres enfants sourds ne comprennent rien puisqu’ils sont sourds.

Alors on va dépister des millions d’enfants par an, pour ensuite ne rien avoir organisé pour la suite, et quand ils seront en âge scolaire on ne leur proposera que des ateliers de tarte au Carambar, de l’orthophonie et de la psychomotricité ?

NON, cela je ne le veux ni pour mon fils ni pour aucun autre enfant sourd de ce pays !

Ce n’est pas une folie d'exiger une éducation, un apprentissage scolaire réel pour nos enfants, avec la même qualité de programme que pour tous les autres enfants, avec les mêmes exigence et les mêmes ambitions de réussite.

Et OUI un sourd peut être, s'il le souhaite, autre chose que caissier chez C ou A, infographiste, cuisinier, ébéniste ou jardinier, métiers proposés aux jeunes sourds !

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Published by catherine Vella
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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 19:05

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La journée sent l’été, c’est le mois de juin, le soleil descend doucement vers l’horizon.

Vincent a 7 ans, il est grand, fini le CP, en septembre il rentrera en CE1, déjà !

Il y a un an nous étions si inquiets, nous avions reçu une notification de la MPDPH pour une école de Bobigny. La classe LSF / français écrit n’était pas encore ouverte, nous partions à l’aventure, difficile pour une classe aussi importante que celle du CP !

Et l’année s’est déroulée comme un rêve, dans une classe avec une enseignante qui maitrise parfaitement la LSF, mais qui est aussi une fine pédagogue et permet aux enfants d’accéder à leur seconde langue, le français écrit.

Vincent si réticent en maternelle à Champs sur Marne pour l’écrit, est entré dans la lecture et dans l’écriture avec facilité à Bobigny.

Dans cette école, les professionnels sourds présents participent à la qualité de l’enseignement et du bien être des enfants sourds, ces modèles référents exigeants tirent les enfants vers le haut.

Mais ce qui a été encore plus remarquable c’est l’école dans son ensemble, la LSF fait partie de l’école pour les entendants aussi. Les enseignants, la directrice, les enfants, tout le monde considère la LSF comme une véritable langue et les enfants sourds comme des enfants qui ont juste une autre langue que la leur. Tout le monde l’apprend.

Cela a donné une scène extraordinaire à la fête de l’école.

Le nouveau maire de la ville discute avec nous, les parents sourds et entendants.

Soudain, une petite fille s’approche avec un petit garçon dans les bras et signe à la maman,

-         « il pleure, il est tombé, il s’est fait mal »,

Le maire rétorque

-         « Ah c’est une élève de la classe LSF ! »

Et la petite fille de lui répondreà l'oral

-         « non non, j’entend moi »

Le maire a été interloqué et a fait remarquer à son adjoint que dans cette école, pas de handicap, juste des enfants qui jouent côte à côte dans le respect mutuel !

Dans cette école les 4 professionnels sourds et les 2 entendants qui signent parfaitement qui y travaillent ont permis à Vincent de passer une année formidable !

Alors je trouve que ce soleil de juin est magnifique !

D'autant que le mercredi, l’atelier théâtre d’IVT à permis aussi à Vincent de s’épanouir, d’améliorer son expression signé et corporelle.

Je ne sais pas de quoi sera fait l’année prochaine mais celle qui s’achève nous a apporté une belle paix intérieure !

Cette école de Bobigny qui ressemble à un grand paquebot coloré est comme une bulle d’oxygène.

Alors vigilance pour que cette merveilleuse expérience dure longtemps !

Ce que cela prouve c’est que c’est possible si les adultes responsables sont motivés et ouverts.

Avec des professionnels maitrisant réellement la LSF, qu’ils soient sourds ou entendants, et d’autres qui respectent la LSF, même s’ils ne la maitrisent pas et apprennent ce respect à leurs élèves, les enfants sourds et entendants vivent très bien ensemble.

 

 

 

 

 

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1 mai 2014 4 01 /05 /mai /2014 06:06

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Se Battre

Je regarde l’affiche d'un film qui porte ce titre et je pense à notre vie depuis 5 ans, 5 ans déjà !

Se battre d’abord contre le corps médical pour qu’ils acceptent de faire passer les tests de dépistage à Vincent, une bataille de 18 mois qui n’a aucun sens, comme si les parents qui rêvent d’avoir un enfant sourd étaient légions et encombraient leur cabinet d’ORL !

Se battre ensuite contre la vision médicalisée de la surdité que nous proposaient ces mêmes médecins.

Du déni de leur part on est passé à leur soif de nous voler notre rôle de parents, réparer, réparer à tout prix, voilà ce qu’ils voulaient.

Se battre contre eux car ils voulaient nous imposer leur vision de la surdité.

Notre enfant sourd vu par eux comme un enfant à dresser pour qu’il soit sage et, du haut de ses 2 ans, qu’il fasse les efforts attendus par eux pour qu’il rentre dans le seul monde qu’ils connaissent, celui de la parole vocale.

C’est dur quand on découvre la surdité de se battre contre cette vision médicalisée, au début on a envie de faire confiance au monde médical mais très vite on sent que quelque chose cloche, ça ne va pas, ça ne colle pas, ce qu’il dise ne colle pas avec ce que nous savons de l’enfant que nous aimons.

La bataille est rude, ils sont puissants et usent de toute leur position de « ceux qui savent » « pour notre bien ».

Se battre pour faire un choix éducatif, la loi nous donne ce droit mais pas d’information satisfaisante, pas de lieu où être accueilli, pas de parole neutre et objective pour nous aider.

Et, une fois que cette bataille est gagnée, une fois qu’on a fait un choix pour l’éducation de notre enfant sourd, s’engage la bataille pour faire respecter ce choix !

Pas de chance, nous avons fait le mauvais choix, celui que le monde médical n’approuve pas, celui que la société n’a pas prévu, nous avons fait le choix de la langue des signes, celui de l‘identité sourde de notre fils.

A partir de là, la bataille est partout, tout le temps.

Nous assumons notre choix, c’était le meilleur à faire, mais j’ai l’impression que depuis nous sommes sur un radeau au milieu d’un océan en furie !

Se battre pour que notre enfant ai droit à l’enseignement scolaire.

Se battre pour savoir où se trouvent les écoles en LSF, et découvrir qu’elles sont si peu nombreuse !

Se battre pour trouver où il sera respecté en tant qu’individu à part entière, en tant que personne ayant des droit et notamment celui fondamental de recevoir un enseignement.

Se battre ensuite pour que ces îlots, ces oasis d’humanité ne disparaissent pas au gré de l’indifférence des rectorats.

Se battre au ministère pour faire connaitre ces classes et faire comprendre leur importance fondamentale, se battre à chaque changement de ministre, tout à refaire, perpétuellement !

Se battre pour le droit de notre enfant à être citoyen de sa ville, son accès aux centres de loisirs, aux activités péri scolaires, aux activités proposées par les lieux culturels.

Se battre, encore et encore jusqu’au bout de nos forces, jusqu’à l’épuisement, et puis reprendre courage, et repartir pour se battre encore parce qu’on n’a pas le droit de lâcher, pour lui et pour tous les autres

Et ensuite lui apprendre l'histoire de ceux qui se sont battus pour leurs droits, pour liberer leur peuple, lui apprendre à se battre, lui transmettre l'esprit de résistance et la capacité à s'indigner.

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21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 19:28

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Savez-vous que la surdité n'est pas une maladie et que les sourds ne sont pas des malades ? Ils sont juste sourds.

 

Savez-vous que 95% des enfants sourds naissent dans des familles entendantes avec aucun antécédent de surdité autre que celui lié au grand âge ?

 

Savez-vous que 95% des sourds ont des enfants entendants ?

 

Savez-vous que la Langue des signes a été interdite en France dans l’éducation familiale et scolaire des enfants sourds de 1880 jusqu’en 1991 (Loi Fabius) ?

 

Savez-vous qu’on attachait les mains des enfants sourds dans les classes durant ces 100 ans pour qu’ils ne signent pas ?

 

Savez-vous que les enfants sourds n’ont le droit d’avoir une scolarisation en LSF que depuis 2005 ?

 

Savez-vous qu’en France la plupart des enfants sourds vivent une journée d’école dans une langue qu’ils comprennent peu et mal et donc le contenu des programmes de l’éducation nationale ne leur est pas accessible. ?

 

Savez-vous que seulement 5% des enfants sourds reçoivent un enseignement en LSF, alors que 40ù des familles ont fait le choix de la LSF pour l’éducation et la scolarisation de leurs enfants ?

Depuis la loi de 2005, et réaffirmé dans la loi refondons l’école de la république, les parents d’enfants sourds ont le choix de communication de leur enfant :

 La loi du 11 février 2005 garantit aux parents de jeunes sourds une liberté de choix entre une communication bilingue - langue des signes française et langue française écrite - et une communication en langue française aidée ou non du LPC (code) 

 

Savez-vous qu’en France il n’existe que 13 classes où toute la journée, tout l’enseignement est fait en LSF ? L’une d’elle est à Bobigny à l’école Georges VALBON.

 

Savez-vous que la plupart des parents qui choisissent une éducation bilingue pour leur enfant sourds (LSF/français écrit) sont obligés de déménager pour que leur enfant ait une scolarisation dans sa langue ?

 

Savez-vous qu’avec la LSF on peut tout apprendre et faire des études supérieures ?

 

Savez-vous qu’un enfant qui a accès à la LSF grandit avec le même niveau de compréhension et d’expression que les enfants entendants de son âge ?

 

Savez-vous qu’aux USA des sourds sont médecins ou avocats ?

 

Savez-vous qu’en France, les métiers qu’on propose aux enfants sourds dans les établissements spécialisés sont toujours les mêmes, jardinier, ébénistes, comptables ou infographiste ?

 

Savez-vous que les sourds ont une culture riche et une langue magnifique?

 

Savez-vous que beaucoup de films français ne sont pas accessibles aux sourds car ils ne sont pas sous-titrés ?

 

Savez-vous que les informations télévisées sont peu accessibles, les informations régionales n’ont pas de sous-titrées ?

 

Savez-vous qu’à cause des difficultés de communication, les sourds sont mal ou peu soignés ?

 

Savez-vous qu’à cause de la barrière de la langue, les loisirs sont peu accessibles aux sourds de tous les âges ?

 

Mais savez-vous que les sourds sont des citoyens comme les autres, et qu’ils votent ?

Savez-vous que pour que l’accessibilité d’un débat, d’une réunion ou d’une conférence soit totale pour les sourds, il faut des interprètes et de la vélotypie ?

 

Merci de mieux regarder autour de vous !

Merci de faire un pas vers les sourds, un effort pour les entendre parce que eux en font tous les jours pour se mettre à votre portée !

 


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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 10:18

Power Point de mon intervention à Montpellier le 16 mars 2014, à l'invitation de l'association GHANDIS 

 

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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 12:44

Ce matin, une jeune femme nous a demandé

"Finalement, pourquoi ne "voulez"-vous pas l’implant pour Vincent ?"

Comme c’est une question qu’on nous pose très souvent, nous avons fait une réponse écrite, la voilà :

Mon mari a tout de suite refusé l'implant pour une raison que je dirais philosophique :

L’implant est une intrusion non vitale dans le corps de son fils, d’un individu autre que lui-même. Cette intrusion est irréversible ou presque, et donc pour ne pas violer l’intégrité de Vincent, c'est une décision que Vincent prendra seul s’il le souhaite quand il sera plus grand.

Mon mari dit qu’il respecte trop l’individu et son libre choix à disposer de lui-même pour prendre une telle décision pour son enfant.

Pour moi, l’important n’était pas que mon fils soit un sous-entendant, devenu dépendant de techniques et de médecins pour se maintenir dans son sous-état mais qu’il se développe socialement et intellectuellement harmonieusement et le mieux possible. Il est sourd, et alors ? Il a le droit d’être autre mais pas un sous quelque chose, non. Le droit d’être un être à part entière, debout, fier de ce qu’il est, sans honte.

En outre, la langue des signes lui permet de s’exprimer spontanément, librement et très naturellement, et d’avoir un accès au savoir et aux apprentissages, comme tous les enfants de son âge.

Ensuite, lui-même refuse d’oraliser, et même de porter ses appareils, nous respectons entièrement ce choix.

Il a des amis sourds et entendants, il est vif, curieux et intelligent, très sociable et équilibré, donc nous assumons parfaitement notre décision.

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26 octobre 2013 6 26 /10 /octobre /2013 21:12

Commencer une grossesse quand on a 43 ans, c’est un chemin rempli de contrôle, d’examen, où on découvre plus d’angoisse qu’autre chose.

Examens de sang, d’urine et écographie.se succèdent, et tout de suite on m’a expliqué les risques de trisomie 21 : « nous vous conseillons vivement de faire le test car vous pourrez ainsi envisager une interruption de grossesse », m’a dit avec un gentil sourire mon gynécologue.

Ces mots n’ont l’air de rien, ils sont si simples et si bienveillants !

Au départ je ne voulais pas, et puis les conseils réitérés ont fini par me convaincre.

Je n’oublierais jamais ce jour de début de printemps, j’attendais le bus pour aller faire cette fameuse amniocentèse, dans la file d’attente, une maman âgée et son fils porteur de ce fameux gène supplémentaire.

Mes pensées ce bousculaient alors, mais j’avais du mal à trouver ce dépistage si essentiel, sans savoir mettre des mots clairs sur les sentiments qui m’envahissaient alors, mais quelque chose me dérangeait profondément !

Arrivée à la maternité, la douceur et la gentillesse de l’équipe m’ont rassuré.et m’ont fait, pour un temps, oublier mes doutes.

Ensuite 6 semaines d’attente, de plus en plus lourdes et le bébé qui commençait à bouger, à me donner toutes les preuves de son envie de vivre, nos liens se renfonçaient au fil des jours !.

J’avoue m’être demandé alors comment j’allais affronter l’opinion de mon entourage si ce petit être auquel j’étais déjà profondément attaché était porteur de cette différence jugée inacceptable par le corps médical !

Fin du mois de mai 2006, nous partons avec mon mari, en amoureux, pour notre voyage de noce à Malte.

Pour la première fois je pose le pied sur la terre de mes ancêtres.

Semaine d’émotion, et sur l’île de Gozzo, près de la grotte de calypso, la maternité m’appelle :

« Tous va bien madame, votre petit garçon est normal, pas de problème, vous pouvez poursuivre tranquillement votre grossesse » …

Ouf, pas de choix à faire, pas de jugement à affronter, juste le bonheur d’attendre un petit Vincent que tous les maltais appelaient déjà Vincent Vella, malgré la présence de son père qui ne s’appelle pas du tout Vella …

« Tenez madame, c’est une bonne nouvelle, n’est-ce pas ? » me dit le médecin quelques semaines après, en me remettant avec un grand sourire le caryotype de Vincent premi-re-photo-de-Vincent.jpg

Sans doute a-t-il été étonné de mon manque de réaction, mais quel sens a donc ce document ?

Un peu plus de 7 ans après, je regarde toujours ce papier avec autant de consternation !

Dépister …

Cet alignement de barres que dit-il ? Explique-il que Vincent est un petit soleil, lumineux et souriant depuis sa naissance et qu’il fait notre bonheur ?

Dit-il que sa grand-mère va mourir d’un cancer alors qu’il n’a que 3 ans et que même 4 ans après elle lui manque encore ?

Tous ces dépistages, avant, après la naissance qui a réellement réfléchi au pourquoi de ces dépistages ?

Pour sauver les bébés de maladies graves ou pour  fabriquer un monde parfait ? Certains se rêvent en héros de l’humanité qui vont tout réparer tout remettre en ordre, mais de quel ordre parlent il ? De quel monde rêvent ils ?

Comme un pied de nez au destin, Vincent n’a pas de gêne supplémentaire bien visible, mais il est sourd, et depuis 4 ans, depuis que je sais qu’il est sourd, je remercie l’univers tout entier que cette image ne montre pas la surdité !

  Si cela avait été le cas, qu’auriez-vous dit ? « Madame, la vie d’un enfant sourd ne vaut pas la peine, mieux vaut avorter », comme vous le dites si facilement pour d’autres différences ?

J’aime le monde tel qu’il est, riche et varié, un monde avec des sourds. Est-ce si difficile à comprendre ?

Je ne suis qu’une petite fourmi au sein d’un univers immense, et ceux qui rêvent du « meilleur des mondes » ne sont aussi que des petites fourmis éphémères ! Mesurez-vous, vous qui voulez un monde selon votre rêve de perfection, que vous n’êtes que des grains de poussières, que dame nature peut balayer d’un souffle ? Et l'ordre, la perfection qui vous anime tant, qui en a établi les critères ?

Pourquoi voulez-vous à tout prix dépister le plus tôt possible des choses qui ne présentent aucun risque vital ? Pour calmer vos peurs ? Pour éradiquer de la surface de notre petite planète ce que vous nommez parfois comme des « erreurs de la nature » ? Vous rêvez d'un univers monochrome et moi je le veux multicolore, difficile de nous comprendre !

Alors ce caryotype, je le regarde en souriant, comme un trait d’humour de la vie.

Aujourd'hui les gouvernements déploient mille prétextes pour dépister  la surdité au plus tôt, pourquoi ?

Si c'était réellement pour permettre aux familles d'entrer le plus tôt possible en communication langagière avec leur enfant, le budget serait prioritairement consacré à l'information et à la formation des parents, or c'est le contraire, alors pourquoi ???

J’aime la science médicale qui a sauvé la vie de Vincent en réparant son problème cardiaque, mais comme pour tout pouvoir, celui des médecins peut dépasser la limite, et abuser d’un pouvoir quel qu’il soit c’est tomber dans l’HYBRIS grecque, dans la démesure coupable !

Sauver la vie d’enfants, oui, mais dépister sans discernement, non

Gardons un monde multiple, multicolore, riche de sa diversité et peut être que cette société peut essayer d'apprendre à respecter les différences ?

Cet été à Douarnenez, j’ai découvert les abus de pouvoir des médecins face aux bébés intesexes, ces bébés nés ni fille ni garçon qui dérangent tellement notre société d'ordre établi, ces bébés qu’ON mutile au nom de leur bien être juste parce qu’ON n’accepte que 2 genres, masculin et féminin, et leurs parents perdus que les médecins poussent à faire leur malheur et celui de leur enfant de manière irréversible.

Découvrir le génome humain a sans doute été une bonne chose, jouer aux apprentis sorcier n’en est pas une !

Quand on passe une semaine ou quelques jours dans ces bulles de vie, comme aux universités d'été de 2LPE, au festival Clin d’œil à Reims ou au festival de Douarnenez, on en ressort grandi.

Alors, jusqu’au bout de mes forces je me battrais pour une société plurielle et respectueuse des différences, n’en doutez pas !

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 07:45

Vincent a fait son entrée « à la grande école » … en élémentaire.

Dans une classe LSF qui vient d’ouvrir dans une école toute neuve de Bobigny (93).

Dans cette classe en langue des signes il y a des enseignants qui signent très bien, entendante et sourde, et des enfants de CP.

Hier, on a couvert ensemble son livre et ses cahiers, on a révisé sa page de lecture, tous les deux nous avons travaillé sur la différence entre les 2 langues, on a regardé les mots et puis on a signé la phrase et ensuite on a regardé comment c’était écrit en français.

Pas de barrière de langue à l’école, tout se fait dans sa langue première, la LSF, dans un confort d’apprentissage classique.

Il découvre une deuxième langue, le français écrit, cette découverte se fait par la LSF, tranquillement.

Pour le sport et l’art plastique avec les autres enfants sourds de sa classe, il partage les activités de la classe de CP des enfants qui entendent.

Il trouve que c’est dur de travailler, que la maternelle c’était bien,

Bref, la vie d’un écolier et de sa maman !

Alors pourquoi ce texte si banal en fait ?

Combien d’enfants sourds ont la chance de Vincent ?

Combien ont la chance d’avoir une vie d’écolier tout ce qu’il y a de plus ordinaire.

La chance d’avoir accès à 100% de la parole du professeur parce que l’enseignement est donné dans une langue que l’enfant comprend totalement ?

La chance d’aborder le français par le biais d’une langue qu’ils maitrisent parfaitement 

La chance d’avoir des enseignants qui sont de bon locuteur de la LSF

La chance de ne pas être seul enfant sourd, noyé dans une classe d’enfants qui entendent.

La chance d’être juste regardé comme un élève de CP.

La chance de ne pas être considéré comme un enfant malade à réparer, à corriger, entre les mains d’ortho de psycho et autres spécialistes qui perturbent sa journée scolaire.

Alors cette journée d’écolier ordinaire, concentré sur son travail scolaire, sur ses apprentissages, qui peut jouer et échanger avec des camarades dans le confort d’une langue commune, et s’adresser facilement à son professeur, pour un enfant sourd c’est très loin d’être banal ! C’est même une énorme chance donnée à très peu d’enfants !

Beaucoup, la grande majorité des enfants sourds n’ont pas cette chance, leur vie d’écolier est solitaire et dans une communication bancale, partielle, ou ressemble plus à de la rééducation qu’à de l’éducation !

Alors je savoure des moments tout simples comme travailler quelques phrases de lecture ou l’écouter se plaindre de la difficile condition d’un élève de CP.

Et, en ce temps de rentrée des classes, je pense très fort à tous ceux qui n’ont pas sa chance !

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10 juillet 2013 3 10 /07 /juillet /2013 09:01

 

Depuis la rentrée 2010, Vincent va en classe bilingue, à Champs sur Marne pour sa maternelle, et en septembre prochain dans la nouvelle classe de Bobigny.

Pourquoi ce choix :

Au départ, il y a eu une évidence, à la maison notre langue des signes était pauvre, nous ne la métrisions pas, nous ses parents. En classe bilingue il allait baigner dans sa langue et ainsi l’acquérir progressivement, la langue des signes, pas le français signé. Pour nous il était très important de lui permettre d’avoir un bon accès à une langue de qualité, à une vraie langue, pas à un substitut de langue à mi chemin entre le français et la LSF.

Pour cela les classes bilingues sont parfaites lorsque l’enseignant maitrise toutes les subtilités de sa langue et la transmet aux enfants dans toute sa richesse.

Ce fut largement le cas dans la maternelle de Champs sur Marne où il a eu la chance d’avoir près de lui des professionnels sourds extrêmement compétents !

Mais très vite, une autre particularité des classe bilingue nous est apparue, et non des moindres !

Les enfants y apprenaient, comme tous les autres enfants.

Vincent y a découvert les prémices de l’histoire, de la géographie, des sciences et du français écrit.

Lorsque nous comparions ses apprentissages à ceux de ses petits camarades de crèche entendant, il n’y avait aucune différence.

Et si, pour nous, au départ, la qualité de langue nous a fait inscrire Vincent en classe bilingue, aujourd’hui nous n’envisageons même pas de l’inscrire dans un autre type de structure car maintenant que la langue est acquise, et que la maison est totalement signante, le contenu de l’enseignement devient primordial !

Evidemment, parallèlement, nous avons appris la LSF, notre projet est global, nous souhaitions que la langue de communication quotidienne de la famille soit la langue des signes, nous avons tout mis en œuvre pour cela.

Au sujet de la scolarité, les textes officiels de l’Education Nationale disent :

« L'objectif essentiel de l'école maternelle : aider chaque enfant à devenir autonome et à s'approprier des connaissances et des compétences. Il doit acquérir un langage oral riche, organisé et compréhensible par l'autre. La finalité est de réussir au cours préparatoire.

Les étapes :

S'approprier le langage - Découvrir l'écrit

Devenir élève

Agir et s’exprimer avec son corps

Découvrir le monde

Percevoir, sentir, imaginer, créer »

En classe bilingue, Vincent a appris à maitriser sa langue, la LSF, grâce aux différents professionnels sourds, il a aussi appris à devenir élève, et que les épinards c’est bon parce que cela fait grandir et devenir très fort …

Il a aussi appris à découvrir le monde, les saisons, les animaux, la science, ce qu’il y a dans son corps, l’histoire et la géographie.

Il a également pu s’initier à l’art et à la poésie signée.

Donc un sans faute pour la classe bilingue de maternelle.

Nous qui sommes une famille entendante, nous qui ne maitrisions pas du tout la LSF, nous avons trouvé d’énormes avantages à l’inscrire en classe bilingue : notre fils s’y est épanoui totalement et a rattrapé ses camarades de familles sourdes dans son expression en LSF, il s’y est fait des amis forts, il y a mené une vie d’enfant.

En septembre il entre en CP, l’élémentaire, une nouvelle étape.

Là encore, l’évidence pour nous a été de l’inscrire dans une école où il puisse bénéficier d’un enseignement totalement accessible dans son contenu.

Ce qui nous parait essentiel, c’est

-         Que l’enseignement soit toute la journée en LSF, totalement accessible et compréhensible, donc donné par un enseignant qui maitrise parfaitement la LSF.

-         Que ce soit dans une école ordinaire, afin que des projets et des activités soient mené avec les enfants entendants, pour apprendre le vivre ensemble, pour que chacun aille à la rencontre de l’autre, au-delà des différences.

-         Que Vincent ne soit pas le seul sourd de la classe et de l’école, qu’il puisse avoir des copains et des copines avec qui échanger dans une langue commune. La très mauvaise expérience de l’intégration dans notre école de quartier en première année de maternelle nous a suffit pour comprendre que même avec la meilleure volonté du monde et une AVS compétente en LSF, c’est une souffrance forte pour notre fils. Bien sûr il jouait avec les enfants entendants mais la complicité que donne une langue commune et une facilité de communication n’était pas là ! Il s’étiolait au lieu de s’épanouir !

-         Que le niveau d’exigence de compétence soit le même que dans n’importe quelle autre classe.

Pas de misérabilisme, pas de « pauvres petits sourds », non, des enfants normaux, à qui ont apprend la même chose et pour qui ont a les mêmes exigences que pour tous les autres enfants de ce pays.

Donc en listant tous ces points essentiels pour nous, nous sommes arrivés à la conclusion que les classes bilingues correspondaient parfaitement à nos attentes.

Nous aurions pu le laisser à Champs, qui correspond à nos attentes, mais une première classe signante ouvre en septembre 2013 dans le 93, notre département, après avoir bien étudié le projet, il correspond au notre, donc nous allons tenter cette nouvelle expérience en septembre. Vincent est totalement enchanté par cette classe, il a beaucoup aimé cette école toute neuve et très lumineuse.

Pour nous il est essentiel que Vincent est une langue, une vraie, une parole libre et riche, Nous voulons qu’il découvre le monde, apprenne à grandir et acquière toutes les connaissances dont il aura besoin pour devenir une adulte citoyen de ce pays

Voilà pourquoi nous avons inscrit Vincent en classe bilingue et nous ne le regrettons pas !

 

 

 

 

 

 

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 17:21

 

Voilà 4 histoires totalement vraies qui nous sont arrivées il y a peu de temps

 

1)

Scène de bus

Vincent et moi, nous sommes assis dans un bus et nous signons, il me raconte sa journée.

En face, un couple,

Au bout de quelques instants la dame dit à son mari,

« Le pauvre, regarde, il ne parle pas, c’est normal avec une maman sourde … »

Une fois que Vincent a eu fini de me raconter sa journée, je me suis tournée vers la dame pour lui dire :

« Ce n’est pas moi qui suis sourde, c’est lui … »

Consternation !

 

2)

Scène de restaurant

Nous sommes tous les trois dans un restaurant en Espagne, il y a peu de place, juste à côté de nous s’installe une tablée de retraité français.

Nous discutons entre nous, en LSF, bien sûr, tout d’un coup, l’une des femmes d’à côté dit en nous regardant :

« Vous savez, maintenant on les éduque ces gens là »

Quelques minutes se passent, nous continuons à signer entre nous, la serveuse arrive et avec un plaisir énorme je lui demande de l’eau à voix haute et mon mari lui demande du pain !

Les 4 convives d’à côté ont plongé leurs regards dans leurs assiettes, et n’ont plus dit un mot jusqu’à ce que nous partions ! Grand moment de solitude !

 

3)

Scène de RER

Un vendredi, Vincent et moi, nous sommes dans un RER, en face un couple.

Vincent commente ce qu’il voit par la fenêtre et je réponds à ses questions.

Tout d’un coup, la dame avec beaucoup de gentillesse, se penche près de l’oreille de Vincent et lui dit

«Et bien mon petit, tu n’es pas à l’école aujourd’hui ? »

Vincent me demande ce qu’elle a dit, je lui traduis, puis il signe

« Non, la maitresse était malade »

Ce que je traduis à la dame interloqué, confuse mais très gentille !

 

4)

Scène de métro

Sur un quai de métro, mon mari et mon fils discutent d’un spectacle qu’ils viennent de voir, une dame s’approche d’eux, se penche vers Vincent et lui dit

« Mon petit, peux tu demander l’heure à ton papa ? »

Mon mari rit, traduit à Vincent qui aussitôt lui montre tout fier sa belle montre rouge et mon mari répond à la dame en lui donnant l’heure à haute voix. Elle s’éloigne stupéfaite en esquissant un faible merci !

 

Morale de ces 4 histoires totalement vraies

Mesdames et messieurs, lorsque vous rencontrez des adultes qui signent avec un enfant, ce ne sont pas toujours les adultes qui sont sourds.

 

Oui des parents entendants peuvent communiquer en LSF avec leurs enfants dans la vie de tous les jours !

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