Conférence de l'Unisda du samedi 11 février 2012
Mon intervention sur le thème « Etat des besoins en matière de scolarisation »
7 ans après la loi de 2005, le parcours de scolarisation des enfants sourds reste un parcours du combattant pour les parents qui ont choisi la langue des signes.
Je suis maman d’un petit garçon de 5 ans, j’ai fait le choix de la LSF comme langue de communication, La Langue des signes est une langue construite, complexe, permettant de tout exprimer y
compris l’abstraction. C’est une langue qui donne toute ses chances à un enfant sourd, même celle de faire de longues études. Les exemples en ce sens ne manquent pas.
Mais aujourd’hui, en 2012, nous devons encore quotidiennement prouver en tout lieu que la langue des signes est une langue, une vrai langue, avec tout ce que cela implique, et non une
simple technique de communication. Qu’elle n’est pas que le vecteur de l’information, elle est aussi un objet d’étude à enseigner et à approfondir.
Mon fils est en maternelle à Champs sur Marne dans une classe où l’enseignement est en LSF et où il bénéficie de cours de LSF. Dans cette classe de maternelle, la langue des signes est considérée
à sa juste valeur, comme langue d’enseignement et aussi comme langue à enseigner, à approfondir, à travailler. C’est aussi le cas dans quelques autres rares villes de France, cela veut dire que
peu d’enfants sourds s’exprimant en LSF peuvent bénéficier d’une scolarité adaptés ! Cela veut dire aussi que dès le départ ces enfants sont défavorisés et n’auront pas accès à un enseignement de
qualité !
Je revendique le droit de tout enfant sourd s’exprimant en LSF à recevoir une éducation de qualité, avec la même exigence et la même rigueur dont peuvent bénéficier les enfants entendant de nos
écoles de la République.
C’est à dire
- Un Enseignement direct en LSF et DE la LSF de la maternelle à la terminale et au moins une filière LSF dans chaque département.
Ces points sont essentiels, la LSF doit être la langue d’information et de formation mais aussi la LSF doit être un objet de travail et d’étude, Les enfants entendants, tout au long de leur
scolarité, travaillent le français, tant à l’oral qu’à l’écrit, alors pourquoi les enfants sourds ne pourraient ils pas étudier la LSF de la maternelle à la terminale aussi ? Car comment entrer
dans une seconde langue, le français écrits, si la première n’est pas solide ! Et une filière par département me parait le minimum vital pour permettre l’accès réel à l’éducation et le respect de
la langue des enfants !
- Pour donner toutes leurs chances aux enfants d’entrer dans le français écrit, ils ont aussi impérativement besoins de programmes spécifiques,
adaptés aux enfants sourds et obligatoirement appliqués dans toutes les classes qui se disent bilingues. Ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui ! L’apprentissage du
français écrit est presqu’entièrement phonétique actuellement dans les programmes scolaires, Cela constitue un obstacle majeures à l’apprentissage pour les enfants sourds, notamment ceux qui sont
perdus en intégration, même accompagnés d’avs signants. Or des classes ont prouvées qu’avec des méthodes adaptées, l’enfant sourd entre dans la lecture et le français écrit, peut obtenir le BAC
en fin de parcours scolaire, et entrer à l’université ! Alors puisque cela fonctionne, pourquoi s’en priver ? Au passage, mercredi dernier à Toulouse, une manifestation a eu lieu car ces jeunes,
BAC en poche, voient leurs études compromises faute d’accompagnement suffisant à l’université, du fait des heures d’interprète largement insuffisantes !
Donc une filière LSF / F par département, Mais cela ne suffit pas
- Pour qu’un projet de classe LSF / F réussisse, s’il est intégré dans une école de quartier, je reste convaincue
qu’il est essentiel que les équipes pédagogiques qui reçoivent ces classes soient informées, et formées à cet accueil, car cela évite les malentendus, cela permet de
répondre en amont aux idées reçus sur la surdité et les enfants sourds, et ensuite, cela permet des échanges entre les enseignants de cette classe et les autres enseignants de l’école, basés sur
un respect mutuel !
- Pour moi il est également essentiel que les enseignants à qui sont confiés ces classes aient un excellent niveau de LSF, pas simplement celui d’une conversation courante ! Aucun parents
n’accepteraient que son enfant entendant ait un enseignant de français parlant approximativement bien le français, et bien il en est de même pour la LSF, pour aider les enfants à construire leur
langue, l’enseignant de LSF doit être compétent, formé et son niveau validé par des organismes spécifiques.
- Mais dans une journée d’écolier, il n’y a pas que le temps scolaire, surtout pour nos enfants qui sont rarement dans l’école de leur quartier ou même de leur ville. Donc au temps scolaire
s’ajoute les heures de permanence, de récréation et de cantine, cela correspond à plus de deux heures dans la journée. Bien souvent il n’y a aucun signant dans les animateurs qui encadrent les
enfants à l’école, au collège ou au lycée. Or ces moments sont très importants pour a socialisation des enfants ! Donc pour qu’un projet soit
cohérents, un animateur sourd dans les encadrant ou sachant parfaitement signer, est essentiel !
Et, évidemment un accès facilité aux parents entendant d’enfants sourds à la maitrise de la LSF pour pouvoir jouer leur rôle d’éducateurs auprès
de leurs enfants. Comment aider son enfant à faire ses devoirs si on ne maîtrise pas la langue dans laquelle on peut les lui expliquer !
Toutes ces conditions sont, selon moi, le seul moyen de donner les mêmes chances à tous, et que nos enfants sourds signeurs ne restent pas les oubliés de la République
Je me permets de terminer en lisant une partie du manifeste de la FNSF
« Le droit à l’éducation est fondamental. Il est la condition même du principe d’égalité des chances préconisé par la loi du 11 février 2005, sur laquelle s’appuie désormais tout processus
décisionnel.
Cependant, les disparités institutionnelles et académiques régionales dessinent actuellement une carte française aux contours incohérents. Les propositions pseudo-pédagogiques se multiplient,
sources de confusion, d’inadaptation de la transmission des contenus d’enseignement, et finalement d’échec, de marginalisation, voire d’exclusion de l’élève sourd parvenu à l’âge adulte.
Aucun choix ne s’offrant réellement aux familles, commence, en effet, dès le plus jeune âge de l’enfant sourd, une discrimination liée à son lieu de vie. »
« Naître sourd, ou devenir sourd précocement ne doit plus être synonyme de frein à l’éducation. Recevoir un enseignement dans le respect de la langue des signes, est un droit qui doit être
réellement appliqué aujourd’hui que la LSF est reconnue par l’Etat français.
L’égalité des chances passant par le principe fondamental qui veut que l’enfant sourd ait la possibilité d’acquérir les savoirs dans la langue qui lui est la plus naturellement accessible, le
choix d’un enseignement bilingue (en LSF et français écrit) doit être effectivement proposé aux familles concernées. »
«La LSF n’est pas la langue de la dernière chance, mais celle de toutes les chances. La LSF est la langue du partage et de l’autonomie
»